Espagne et Portugal jour 3 Arcos de la Frontera

Après avoir dormi à peine quelques heures dans un sauna, je décide d’aller normaliser ma température interne dans la fraicheur matinale.

Quelques minutes plus tard, Bruno se pointe à l’extérieur avec l’impression d’avoir aussi bien dormi.

Comme il est plus agréable de travailler par temps frais, on va s’attaquer au gazouilli ayant chanté dans ses roues hier.

Après avoir défait les deux roues de son vélo et huilé toutes les interstices, le problème est réduit au silence. 

Mon fils m’a écrit que la loi de Murphy nous envahissait eh bien maintenant que nous avons eu notre lot de problèmes, Murphy pourrait aller s’attaquer à d’autres cyclistes. Par exemple, La Vuelta débute sous peu, ce sont des pros eux, avec support technique alors Murphy, laisse nous tranquille et va les voir.

Croyez vous que ma conjuration va fonctionner? Ou est-ce mon enthousiasme qui obscurcit ma pensée cartésienne?

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Rien de tel que le son d’un bruleur de montgolfière pour sortir les filles de leurs courtes heures de sommeil. Jusque là, c’était les chiens qui avaient hurlé depuis minuit.

Petit déjeuner frugal avec peu de protéine; tout pour plaire à quatre affamés s’apprétant à rouler plus de 90 km et monter des montagnes interminables.

Sortie de ville avec peu d’anicrocs puis on rejoint une chaussée impeccable et roulante à souhait.

Tout va bien!

Les guides touristiques lus avant le départ suggèrent fortement de passer par le Parque Natural de la Sierra de Grazalema. Par contre, Google Maps nous propose constamment une route le contournant. Alors je me dis qu’aussitôt qu’on le voit annoncé, on bifurque.

En bifurquant, on devrait passer par le village blanc de Grazalema se trouvant au coeur du parc.

Voyez sur la carte ci-bas le virage à 90 degrés vers le sud.

Cette nouvelle route est calme, asphaltée récemment et entourée d’un décor enchanteur.


Nous arrivons à un village nommé, sur la carte, Montejaque. Le nom situé à l’entrée du village était différent mais j’ai déjà oublié ce dernier.


On achète de l’eau et j’en profite pour vérifer pourquoi mon vélo vascille comme une onde sinusoïdale.

Constat: j’ai perdu une vis de mon support à baggages arrière. Durant les préparatifs du voyage, Bruno m’avait confirmé qu’il avait des vis de rechange alors je peux revisser le tout en moins de cinq minutes puis on prend le temps de s’informer auprès d’un citoyen local sur la voie à suivre puisque Google Maps s’entêtait à ne pas retracer un nouveau chemin vers Grazalema.

Le monsieur, très gentil, nous explique qu’il faut rebrousser chemin de 6 km, en gardant toujours la gauche pour retrouver notre bonne direction. Un petit calcul mental me fait comprendre que l’on doit retourner à notre point de bifurcation. Donc douze km de bonus par cette chaleur accablante. 

Mon erreur.

J’essaie de me faire pardonner en racontant aux autres que sans cette erreur de parcours, nous n’aurions pu admirer ce fantastique paysage… 

Puis mon instinct de survie me chuchote de me taire.

On retrouve la route initiale. La fameuse bifurcation se situait un km plus loin.

En route vers Grazalema, on avale les km avec quelques pauses-survies à l’ombre.

Fidèle à la tradition, Grazalema se situe dans une montée stratégique interminable.


Entrée en ville au coeur des festivités; c’est la Feria de augusto.


Pour les ferus d’histoire, ça remonte à la prise de Malaga par Isabelle I de Castille et Ferdinand II d’Aragon le 18 août 1487 (vive Wikipedia). Cette fête commémorative aurait débuté en 1491. Aujourd’hui, cela dure 9 jours avec feux d’artifices et les filles portes des robes traditionnelles. Nous en avons vues plusieurs durant notre pause resto mais étions trop épuisés pour les photographier. Nous venions aussi de constater qu’il restait 44 km de route et encore une bonne grimpette.

Une fois nourris, on remonte en selle pour atteindre le Puerto de El Boyar à 1103 m, notre col de la journée.

Arrivés au sommet, épuisement et joie sont au rendez-vous.

Le descente qui s’en suit est pure joie sur 15 km. Arrivés en bas, on constate que descendre avec un vent à plus de 40 Celsius est aussi déshydratant alors autre pause coca et eau dans petit resto où les ivrognes du coin viennent refaire le monde à coup de bières.

Chic endroit…

Le reste du chemin est assez roulant et à 10 km d’Arcos de Frontera, ma blonde, sentant l’hyperthermie l’envahir, demande à faire une pause.

Nous croyions que nos amis étaient près derrière mais, personne en vue.

Soudain je reçois un texto de Bruno:  » problème mécanique « .

Je lui demande quoi? Pas de réponse.

Michèle arrive à nous puis nous dit que la chaine de Bruno est coincée dans sa roue arrière.

Je rebrousse chemin pour aller aider Bruno alors que les filles vont s’approcher un peu plus de notre destination.

Je retrouve Bruno à un km derrière. Celui-ci a retiré son casque, les mains pleines d’huiles, et il tire comme un dément sur une courroie passée autourde sa chaine pour tenter de décoincer celle-ci, solidement coincée entre son gros pignon et les rayons de la roue arrière. 

On s’installe à deux, avec un outil pour faire effet de levier afin de séparer les éléments coinçants.

La chaleur de plus de 40 Celcius accompagnée d’un essaim de mouches s’acharnant sur deux bêtes puantes en cuissards de vélo nous fait fantasmer sur le ski au Québec en février.

1-0 pour la chaine. 

Devant l’impasse évidente, j’appelle  notre hôtel pour leur expliquer la situation et pour leur demander d’envoyer un taxi sinon, il va leur manquer un client pour ce soir.

La jeune femme à l’autre bout du téléphone me dit ignorer où est la route A-372. Estomaqué, je lui répond que, sur la carte, c’est la seule route entre Grazalema et son village. Elle me répond qu’elle ne savait vraiment pas que c’était celle-là. 

Ok, mais est-ce que vous pouvez le noter et le dire au chauffeur de taxi? Et dites-lui que Bruno est au km 12, lui dis-je en anglais.

Quelle route déjà?

La A-372, entre Grazalema et chez vous. Le ton monte un peu.

Attendez, je vais prendre un papier et un crayon.

AH BON! À LA FIN!

À quel km?

D-O-U-Z-E!!!

Je vais voir si je peux trouver un taxi mais peut-être qu’il ne pourra pas embarquer le vélo.

Respire. Respire.

Madame, envoyez un taxi et on s’organisera avec le reste.

Ok, je vous rappelle lorsque j’ai trouvé un taxi.

Merci.

J’abandonne Bruno en prenant la peine de lui laisser ma bouteille d’eau de réserve; celle-ci étant probablement plus chaude que l’urine d’un patient atteint de la malaria.

Cinq minute plus tard, je reçois un appel de la réceptionniste déboussolée pour me dire que le taxi est en chemin mais que Bruno devra défaire sa roue avant pour mettre son vélo dans le taxi.

Je voulais lui répondre qu’il n’en était pas question et que Bruno préférerait rester toute la nuit abandonné sur le bord de la route dans son linge gorgé de sueur plutôt que de défaire sa roue avant, mais bon, je ne crois pas que le sarcasme soit sa tasse de thé.

Je rencontre les filles à l’entrée du village puis on attaque l’ascension jusqu’à l’hôtel. La pente était tellement raide et les pavés rocailleux tellement lisses que les derniers quelques centaines de mètres ont été gravis en marchant à côté du vélo.

Arrivés à l’hôtel, un jeune adulte hollandais similaire à un roseau de 1,90 mètres nous indique un endroit pour ranger les vélos. Il nous offre à boire mais on tente simplement de lui expliquer qu’on voudrait se diriger vers la douche au plus sacrant, ce qui devrait être évident pour tout être humain simplement à nous regarder. C’était évident pour les cervelles de mouches alors…

Je dois prendre les coordonnées de vos passeports d’abord.

Tiens les passeports mon grand, garde les, donne moi la clé de la chambre et je vais les récupérer tout à l’heure.

Non non, ça va prendre juste une minute.

Bon, bon. Je me calme et me dis qu’il va simplement les photocopier.

MAIS NON!

Il s’installe confortablement et se met à écrire à la main les infos de nos passeports avec la dévotion d’un moine recopiant la vulgate.

Une éternité plus tard, on grimpe dans un escalier en colimaçon avec nos calles de vélo au pied. Il regarde ma blonde ramasser ses valises, sans offrir d’aide, nous laissant l’impression qu’il était atteint d’un maladie grave comme le fait d’être habité par un manche de moppe.

Une fois à la chambre, Hélène saute dans la douche et moi dans le bain muni d’une douche « téléphone ».

Lorsque l’on se considère lavés et rafraichis, on regarde autour pour constater l’absence de serviettes. J’appelle à la réception. La désorientée me répond. Elle me dit qu’elle est en bas, signifiant qu’elle ne monterait pas les serviettes.

Eh bien moi j’suis tout nu et trempé mais je peux tout de même descendre les chercher.

Les serviettes sont arrivées en moins de deux minutes.

Une fois cet imbroglio résolu, on peut admirer la vue par la fenêtre de la chambre.


Quelques instants plus tard, on s’asseoit à une terrasse à tapas mais notre désir était de manger pizzas et pâtes. 

Aucun problème. On peut vous servir ça aussi.

Bonus, le serveur est français.

En attendant la nourriture, on discute à savoir comment résourdre l’actuel conjoncture.

Le vélo de Bruno est non fonctionnel. Demain, on doit se rendre à Gibraltar (distance, 120 km) parce que les chambres d’hôtel sont réservées et non annulables. Aucun magasin de vélo ouvert en ce samedi soir pour avoir une réparation professionnelle.  Et aucun ne sera ouvert demain. On pense à louer une camionnette et la laisser à Gibraltar mais les services de location de voiture, peu nombreux à Arcos de Frontera, n’offre pas cela.

Hélène propose de demander au serveur puisqu’il parle français.

Ah ben oui, j’ai un copain qui a une van-taxi, il pourrait vous amener à Gibraltar. Je lui téléphone et il viendra vous rencontrer ici.

Quelques minutes plus tard, le copain unilingue espagnol est assis avec nous. Dany, le serveur, s’occupe de la traduction. En moins de deux, tout est organisé. Il demande 200 euros. Ça semble raisonnable et, de toutes façons, nous n’avons pas d’autre choix.

Hélène et moi feront un petit 60 km sans baggages, vers Gibraltar en partant à 7:00.

Après tout, ça reste un voyage de vélo.

Michèle et Bruno prendront le déjeuner de l’hôtel et partiront avec Pedro, le chauffeur, à 10:00. On propose un point de rencontre à Alcala de Grazules et à partir de là, Hélène et moi monterons dans la camionnette et tout le monde arrivera ensemble à Gibraltar. 

Cette fois-ci, nous aurons certainement une journée relaxante et sans faille.

Durant un bref instant, nous sommes heureux. Puis Dany apporte nos plats. 

Alors que ce jeune homme venait de résoudre notre impasse, pouvais-je lui retourner ma pizza qui s’apparentait à un carton sur lequel on avait d’échapper une boite de conserve du Chef Boyardee ouverte la semaine dernière?

 Les pizzas des filles et le spaghetti de Bruno se seraient sûrement retrouvés à la mer si on les avait servis aux hommes de Christophe Colomb après trois mois de navigation.

Ne tentons pas le Diable. On a mangé un peu, payé l’addition et donné un pourboire.

Demain, tout ira bien.

Bilan:

111 + 97.1 = 208.1 km

2054 + 1479 = 3533 m d’ascension



2 réflexions sur “Espagne et Portugal jour 3 Arcos de la Frontera

  1. Passionnant bonne continuation cest bon de relaxer ce matin sur ma terrasse devant le fleuve avec un excellent bol de café au lait sans soucis à 20 degrés celcius
    En lisant votre aventure lol xx

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