Hélène et moi sommes debout à 6:30 et 10 minutes plus tard, nous descendons de notre perchoir pour aller préparer les vélos. Principalement, cela consiste à installer les phares avant et arrière ( que nous avons rechargés durant la nuit) ainsi que les GPS; les baggages feront du taxi avec Bruno et Michèle.
Arrivés dans la petite réception de l’hôtel, On retrouve Bruno, travaillant dans la noirceur affaiblie des matins d’Espagne avec le phare avant de Michèle comme lumière d’appoint. Dans ce vieil hôtel Andalousien, on croit plutôt voir un forgeron médiéval ayant reçu un vélo du futur et ne sachant comment l’assembler.
Nous le saluons et lui laissons la clé de notre chambre alors que nous nous dirigeons vers nos vélos.
Juste le temps de finir nos préparatifs que Bruno nous rejoint, sourire victorieux au visage. Avec finesse, dit-il, et non robustesse, il a pu la replacée là où il se doit.
Nous avions conclus hier que le trajet planifié de 120 km, par cette canicule, n’était pas raisonnable alors Hélène et moi partirons pour notre petite balade de 60 km et Michèle et Bruno nous prendront plus tard avec le van-taxi en route pour Gibraltar.
Le soleil se lève tard en Andalousie alors à 7:00, c’est un peu sombre, frais et tranquille.
Nous sortons de la ville médiévale sans difficulté et en quelques minutes, nous roulons à vive allure sur de petites routes de campagne.
Rouler sans la chaleur accablante du soleil s’avère merveilleux.
Un arbre mort se moque de notre joie en allant chercher notre étoile derrière l’horizon.

Une heure plus tard, n’ayant pas pris de petit déjeuner, la faim commence à nous tenailler.
Les villages avec restos ouverts en ce dimanche matin se font rares. Rouler sur un estomac vide commence à influencer mon imagination et bientôt je me dis que sans nourriture, nous ne serons plus que deux âmes, roulant dans les plaines andalousiennes.

Soudainement, le décor s’emplit d’éolienne.

J’ai pris la peine de mettre la photo afin que personne ne croit que mon jeûne matinal ne m’eut donné des hallucinations à la Don Quichotte.
Tout cela est bien beau mais qui dit éoliennes dit Éole.
Justement, notre route bifurque vers le sud-est et le dieu du vent nous frappe de plein fouet.

Ci-haut, le casque de mon amour n’est pas croche par hasard; le vent tente de l’arracher.
On rentre au village de Paterna de Rivera et trouvons un petit resto ouvrant à peine.

La serveuse et son patron ne parle rien d’autre que l’espagnol. Je lui demande un menu…
Nada.
Pan?
Je lis une lueur d’espoir dans ses yeux et elle se dirige à grands pas vers la cuisine pour sortir du frigo toutes les sortes de pain qu’elle possède.
En fait, on voulait des roties et des oeufs. J’avais oublié que oeuf se dit huevo en espagnol alors je dis « ovo ».
Le proprio me regarde comme si je lui parlais en swahili.
Y allant de mon courage, je fais un demi squat, en me repliant les coudes et je bat des ailes en disant « pouet, pouet » comme une poule puis, de mes deux mains je fais la forme d’un oeuf et lui désigne que cet oeuf devrait sortir du derrière de la poule.
Ça me semblait clair.
Son visage s’éclaircit; il a compris, me dis-je.
Alors il se retourne et pointe la porte des toilettes!
Je n’en crois pas mes oeufs…mes yeux! D’où peut-il bien croire que quiconque va imiter une poule chantante alors qu’il trône dans les toilettes?
Finalement, il trouve un dessin d’oeuf à la poêle dans son cellulaire et 20 minutes plus tard, on nous sert café, jus frais, oeufs et pain.
Ma blonde aurait voulu des tranches de pain rôties mais je lui répond que dieu seul sait ce qu’ils vont croire si je tente une autre imitation.
Une fois rassasiés, nous repartons le nez dans le vent. Ça nous rappelle l’époque où nous faisions de la voile.
On a un vent de 25 à 30 noeuds, variant du près au travers, de babord à tribord selon les virages de la route. À un moment donné, il frappait tellement fort par tribord amure que nos vélos gitaient d’enviton 10 degrés.
Par vent de face, les capteurs de puissance sur mon vélo m’indiquaient que, pour maintenir 17 km/h, je devais développer la puissance nécessaire pour rouler à 35 km/h une journée sans vent.
Ce vent imprèvu nous a fait retarder notre rencontre à Alcala de Gazules avec Pedro et nos amis.
Pedro s’est quelque peu impatienté et a tenté de venir nous prendre plus tôt en chemin mais ça n’a pas fonctionné. Alors on s’est réunis à l’endroit prévu.
Nous montons corps et vélos dans le taxi-van puis en route vers Gibraltar.
La principale attraction â Gibraltar est son rocher. La meilleure façon d’accéder au sommet est en téléphérique.
Arrivés en haut, un des 254 macaques ( le chiffre est de Bruno) rentre dans la cabine et semble vouloir tresser les chrveux d’Hélène.

En fait, le macaque voulait boire un coca cola répandu sur le fond de la cabine.
Le rocher s’oppose aux vents venant de la mer. Ceux-ci sont alors poussés vers le haut. L’air froid de l’altitude condense alors l’humidité dans les vents ascendants créant ainsi le nuage sur le rocher.


Une fois notre visite chez les anglais teeminée, nous repassons les douanes vers l’Espagne.
Épicerie afin de pouvoir prendre un petit déjeuner tôt demain. Souper modéré puis dodo.
Bilan:
208.1 + 60 = 268.1 km roulés
3533 + 605 = 4138 m d’ascension


